Le hasard nous ayant fait trouver de la place dans le parking gratuit qui se trouve face à l’un des cimetières de Marvejols, il était logique que le premier endroit que nous verrions était sa magnifique église : Notre-Dame de la Carce !

Mais quel drôle de nom pour une collégiale ! Je suis allée faire quelques petites recherches et voici ce que j’ai trouvé.

En revanche, avant de vous la restituer à ma manière, je voudrais que vous regardiez bien la photo qui suit. Il s’agit du cartouche se situant juste au-dessus de la porte principale et qui vous résume bien la légende qui a donné son nom à cette église.

Il y a très longtemps, au temps des beaux chevaliers et des gentes dames, vivait un prince qui venait d’entrer dans sa quinzième année et qui se prénommait Josiano.

Ce jeune et vaillant damoiseau était le fils du roi d’Aragon qui régnait alors sur un large territoire Malheureusement et comme souvent à cette période troublée, il existait toujours des seigneurs plus querelleurs que les autres et cherchant indéfiniment à agrandir leurs royaumes aux dépens de celui de leurs pairs.

Ainsi, un funeste matin, le roi vit venir à lui un messager couvert de poussières et porteur d’un urgent appel à l’aide.

Astorg de Peyre, un vassal qui vivait dans les montagnes du Gévaudan avait levé une armée. Franchissant les rivières et les montagnes, il était parti attaquer la citadelle de Grèzes où demeurait le représentant du roi chargé de gouverner cette province en son nom.

Malheureusement, beaucoup de jours s’étaient écoulés depuis l’envoi de ce message et nul ne savait ce qu’était devenue la citadelle. Aussi, le roi, trop occupé par les affaires de son royaume, envoya-t’il son fils, le prince Josiano au secours de leurs alliés.

Après avoir présenté ses adieux à sa mère qui, très croyante, lui demanda de ne jamais oublier de prier Notre-Dame afin qu’elle veille sur lui, il quitta le royaume accompagné de ses hommes d’armes.

Il fallut seize jours au prince et à ses guerriers pour arriver au premier village. Ils furent accueillis par le silence de maisons abandonnées autour d’un monastère fermé toutefois en voyant l’étendard d’Aragon flotter au vent, les moines sortirent et leur narrèrent l’histoire de cette invasion.

La citadelle de Grèzes était tombée aux mains des assaillants. Hugues le gouverneur qu’ils étaient venus secourir, avait été grièvement blessé. Les survivants des premiers combats avaient tenté de le transporter à la rencontre d’une garnison de la ville Rodez venue leur prêter main-forte. Malheureusement ils avaient tous été décimés par les troupes du félon Astorg de Peyre.

A l’écoute de ce récit, les chevaliers menés par Josiano et pressés d’en découdre se hâtèrent vers la montagne au sommet de laquelle se trouvait la citadelle.

Mais les hommes d’Astorg les attendaient de pied ferme et ils s’abattirent aussitôt sur l’armée du jeune prince. Ce fut un massacre et les eaux de la Jordane qui coulait dans la vallée, furent souillées du sang de ces braves chevaliers. Quant au jeune adolescent ? Il fut désarçonné, ligoté et trainé entre deux cavaliers jusqu’à la ville de Marvejols afin d’y être emprisonné.

C’est au sommet de la ville, dans une haute bâtisse grise qui était appelée la Carce (mot qui signifie prison) que fut enfermé le jeune homme. C’est là que seul et loin des regards, il put enfin laisser s’exprimer la vulnérabilité de ses quinze ans. Il laissa couler les larmes de chagrin qu’il tentait de retenir depuis la disparition de ses compagnons d’arme disparus. Il pleurait également à l’idée de ne jamais revoir ses pères et mères. Un avenir des plus sombres semblait se dresser devant lui.

Lorsqu’après s’être laissé aller de la sorte il ouvrit les yeux sur l’endroit où il se trouvait, il put voir que son cachot était totalement nu, sans même une couche pour se reposer. Terne et gris, la seule luminosité provenait d’une étroite fenêtre garnie de barreaux qui perçait l’un des murs de sa cellule.

En tournant sa tête dans toutes les directions, il crut voir un élégant petit portail dessiné sur le mur opposé. Intrigué, il s’en approcha et put constater, qu’effectivement, un ancien portail était bien présent quoique totalement emprisonné dans la pierre. Il repensa à l’église attenante puis oublié vite en raison des pensées moroses qui le préoccupaient.

Le lendemain matin, en s’éveillant et alors que les larmes lui montaient déjà aux yeux, un chant puissant et magnifique s’éleva non loin de lui. Des centaines de voix semblaient résonner dans la semi-obscurité de la pièce. Un temps surpris, il comprit d’un seul coup ce qu’il se passait : le portail, le mur, l’église !

La Carce était contigüe à l’église et le portail devait certainement y mener de nombreuses années en arrière. Plein de ferveur, il tomba à genoux et pria la bonne Dame de tout son cœur et de toute son âme afin qu’Elle lui apporte son aide. Des jours passèrent que le Prince passa le plus souvent en prière, face au portail emmuré.

C’est ainsi que le trouvait le gardien chargé de lui porter ses repas plusieurs fois par jour. Le seul bruit qui accompagnait la ferveur de l’adolescent était le murmure discret de la source qui coulait au pied du cachot.

Un soir, alors qu’il commençait à perdre espoir, le miracle survint. Un grincement se fit entendre et, alors que Josiano levait les yeux, il vit le portail qui s’ouvrait devant lui. Il se précipita dans l’église mais elle était vide de toute présence humaine. Seule une statue de la Vierge dont le sourire était éclairé par une petite veilleuse, était dressée au fond du cœur. Le portail n’avait ni serrures, ni gonds qui auraient pu expliquer son ouverture et le jeune homme comprit donc à qui il devait sa liberté.

L’obscurité lui permit de se glisser hors de la ville et de se rendre jusqu’au monastère dont il connaissait l’amitié des moines. Apprenant son histoire, ils crièrent également au miracle et rentrèrent en action de grâces. Pendant ce temps, lui se rendait à cheval jusqu’à Rodez afin de lever une nouvelle armée qui lui permettrait de livrer un nouveau combat à son ennemi.

Mais il n’y eut point de guerre. Astorg de Peyre ne pouvant croire à ce qu’on lui rapportait, alla lui-même examiner le petit portail (le Portalet) et dut se rendre à l’évidence : il était impossible à tout être vivant de pouvoir l’ouvrir sans intervention divine. Plein de crainte et de frayeur il se jeta aux pieds de la statue puis envoya sa soumission totale au Prince Josiano.

Celui-ci n’oublia jamais ce que la Vierge avait fait pour lui et revint plusieurs fois se prosterner devant elle.

Il revit le Portalet et put écouter de nouveau la petite source qui avait accompagné ses prières (la Chapellette).

Si vous vous sentez parfois pris dans les barreaux de votre quotidien et que vous passez par Marvejols, n’oubliez pas de déposer vos prières aux pieds de Notre-Dame de la Carce. Elle ouvre la porte de toutes les prisons…

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